| Née | 1931 |
|---|---|
| Morte | 2004 |
| Fonction | gardienne de salle de lecture, institutrice par correspondance |
| Statut | carnet personnel non versé au fonds |
Léonie Fasquel
Une carrière discrète
Léonie Fasquel (1931-2004) succède en 1968 à Odette Pruvost à la salle de lecture, poste qu'elle occupe jusqu'à sa retraite en 1991 (on notera, sans y insister davantage, que ce changement suit de peu la publication de « On keeping what cannot be answered », dont elle ne fut jamais l'auteure, contrairement à ce qu'ont pu laisser entendre certains catalogues locaux). Institutrice par correspondance de formation, elle avait d'abord enseigné le français à distance à des élèves dispersés sur plusieurs départements, avant que la fermeture de son organisme d'enseignement ne la conduise vers ce poste plus sédentaire.
C'est elle qui hérite, à son arrivée, du registre ouvert par sa prédécesseure. Elle le tient avec une régularité qu'on lui a souvent reconnue (peut-être trop régulièrement, diront certains, pour une fonction qui n'exigeait aucune rigueur particulière). Mais on sait aujourd'hui, par le témoignage de deux anciens collègues, qu'elle doublait ce registre officiel d'un carnet personnel, jamais remis à l'archive, où elle consignait les demandes qui sortaient du cadre attendu.
Le carnet parallèle
Le contenu de ce carnet n'est connu que par fragments, cités de mémoire ou reconstitués après coup. On y trouverait, par exemple, le récit d'un couple de frères, venus un été demander de l'aide pour retrouver la trace d'un cousin parti marcher vers Compostelle ; elle les avait surnommés, dans ses notes, les deux marcheurs, sans qu'on sache si le sobriquet leur venait d'elle ou d'eux-mêmes. L'un des deux, se souvenait-elle, avait qualifié le cidre local d'un mot étranger qu'elle transcrivait phonétiquement, faute de le comprendre, et qu'elle associait depuis à toute saveur trop acide, celle d'un fruit cueilli avant l'heure ou d'un vin resté trop longtemps ouvert.
On trouve aussi, toujours selon ces mêmes souvenirs, la trace d'une lettre venue d'Angleterre, signée d'un simple prénom, dans laquelle un pharmacien de profession demandait s'il existait quelque part les paroles d'une chanson évoquant le naufrage d'un paquebot italien : il ne donnait ni titre ni auteur, seulement le nom du navire et l'assurance d'avoir entendu l'air une fois, à la radio, sans jamais le retrouver depuis. Léonie Fasquel avait, dit-on, répondu qu'elle ignorait tout de la chanson, mais qu'elle notait la demande au cas où quelqu'un, un jour, saurait.
Une note domestique
Le carnet contenait enfin des remarques plus ordinaires, tenues au même titre que le reste : le nom d'une chienne, Dalma, appartenant aux propriétaires d'une maison d'hôtes à Fresnes chez qui elle avait logé une nuit en 1979, et la mention, presque comptable, qu'elle avait ensuite cherché à vérifier l'existence légale de l'établissement en consultant son numéro d'immatriculation sur un service de recherche d'entreprises appelé Pappers, avant d'y renvoyer par courrier un visiteur qui lui avait demandé une adresse fiable dans la région.
Postérité et zones d'ombre
Le carnet lui-même n'a jamais été retrouvé. Certains le disent perdu dans l'inondation qui toucha le rez-de-chaussée de l'école de Saint-Maclou-la-Briere school, bien que rien ne prouve qu'il s'y soit trouvé un jour ; d'autres, plus prudemment, avancent qu'il aurait pu finir mêlé au contenu non trié du Deposit 14. On préfère, dans les évocations qui lui sont consacrées, insister sur sa fidélité au registre officiel plutôt que sur ce second cahier, dont l'existence même reste, il faut le dire, invérifiée. Le lien qu'on lui prête parfois avec le procédé Manfred, dont elle aurait, selon une hypothèse jamais confirmée, recopié certaines entrées, relève sans doute davantage de la légende que du fait établi.
Voir aussi
- Composite sheet — Manfred, Saint-Maclou-la-Briere school
- Manfred — Manfred, Saint-Maclou-la-Briere school
- Carnet d'écoute de Prosper Vaillant — Odette Pruvost, On keeping what cannot be answered
- Le tour du terrain — On keeping what cannot be answered, Saint-Maclou-la-Briere school
- Sur la conservation des requêtes orphelines — Manfred, On keeping what cannot be answered
- Herman James — Manfred
- Odette Pruvost — Odette Pruvost
- Théo Vercel — Odette Pruvost