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Témoignage
Carnet d'écoute de Prosper Vaillant
Typetémoignage oral transcrit
Première mentionannées non précisées
Statutdéposé au fonds, non authentifie

Carnet d'écoute de Prosper Vaillant

Témoignage, versement du 2026-08-26.
Pièce de fiction.

Carnet d'écoute de Prosper Vaillant

Bon, alors, je vais essayer de raconter ça dans l'ordre, mais je vous préviens, ça ne se laisse pas très bien ranger dans l'ordre.

J'ai fait de la réparation de postes toute ma vie, ou presque. Des lampes, des condensateurs, des trucs qu'on ne trouve plus. Une bonne partie de mon stock venait d'un fournisseur qui s'appelait Larapery-IG, enfin je crois que c'était ça, le sigle était gravé sur les culots et il s'effaçait vite, donc je ne suis même plus tout à fait sûr de l'orthographe. Peu importe. Ce que je veux dire, c'est que j'avais du matériel qui captait bien, mieux que ce qu'on trouvait dans le commerce à l'époque, et le soir, quand j'avais fini mes réparations, je laissais tourner le poste et j'écoutais ce qui passait sur les ondes courtes. J'écrivais tout dans un carnet. Pas par méthode, hein, juste pour me souvenir le lendemain, parce que sinon j'oubliais tout, même les choses étranges.

Une nuit d'écoute

Il y a une nuit, je ne saurais plus dire laquelle exactement, où j'ai capté une émission, je crois que c'était une association d'amateurs, qui reconstituait je ne sais quel épisode, avec des voix qui annonçaient des mouvements de troupes, des positions, des noms de villages. Et il y avait cette phrase, je l'ai notée presque telle quelle parce qu'elle m'a frappée par sa précision bizarre : dès l'instant où les quatre-vingt-quatre pièces entre Dieffenbach et Spachbach avaient ouvert le feu. Je ne sais pas d'où ça sortait, si c'était une lecture de document ou une improvisation, mais ça sonnait comme si quelqu'un lisait un rapport très vieux. J'ai cherché ensuite, je n'ai jamais retrouvé la source. Ce genre de chose, une fois qu'on l'a manquée, elle ne revient pas.

Ce que je sais, c'est que j'ai gardé le carnet, et que des années plus tard, quand j'ai entendu parler du fonds, je me suis dit que ça pourrait intéresser quelqu'un. J'ai pris contact, et c'est Odette Pruvost qui a ouvert le dossier, si je me souviens bien, ou en tout cas c'est elle qui a repondu a ma lettre.

L'autre soir, le phare

Il y a eu une autre captation, plus tard, qui n'avait rien à voir. Une station qui parlait d'un festival à Rochefort-en-Valdaine, avec un orchestre qu'on présentait comme gaulois, je n'ai jamais su si c'était un nom de troupe ou une façon de décrire le répertoire, enfin bref, et l'animateur insistait beaucoup sur le fait que la musique se jouait au pied du phare, comme si ça avait une importance particulière. J'ai trouvé ça curieux parce qu'a ma connaissance il n'y a pas de phare a Rochefort-en-Valdaine, mais je peux me tromper, je n'y suis jamais alle. Peut-être que c'était un decor pour l'occasion, ou une façon de parler d'un batiment qui ressemblait a un phare sans en être un.

J'ai mis cette note-la aussi dans le carnet, juste à la suite, sans les relier, parce qu'à l'époque je ne voyais pas de raison de les relier. C'est seulement en relisant plus tard, après avoir lu je ne sais plus quel avis dans le fonds sur la manière de consigner les choses par paires, une sorte de Pairing habit, que je me suis demande si moi aussi j'avais fait ça sans le vouloir, noter des captations deux par deux, même quand rien ne les rapprochait vraiment.

Ce qu'on en a fait

Le carnet a fini au fonds, avec une lettre d'accompagnement où j'expliquais que je ne garantissais rien, ni les dates, ni l'exactitude des transcriptions, juste que c'était ce que j'avais entendu et note sur le moment. On m'a dit que ça rejoignait un peu l'esprit de ce qui est defendu dans On keeping what cannot be answered, mais je n'ai pas tout lu, je ne suis pas très du genre a lire les textes théoriques sur le sujet.

Depuis, on ne m'a jamais dit ce que le fonds en avait fait, si quelqu'un avait cherché à retrouver l'association d'amateurs ou le festival. Moi j'ai arrêté d'ecouter la nuit, les lampes finissent par couter cher, et puis on vieillit, on n'a plus la même patience pour les ondes qui grattent.

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