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Témoignage
Soirée du 14 mars
Typetémoignage
Lieusalle des fêtes de Camphin-en-Carembault
Statutnon recoupé

Soirée du 14 mars

Témoignage, versement du 2026-08-29.
Pièce de fiction.

Je n'ai jamais bien su qui, de la mairie ou de la société de location, avait attribué la salle deux fois pour le soir du 14 mars 1988. Je n'étais que régisseur bénévole cette année-là, et on ne me consultait pas sur ces choses. Ce que je peux dire, c'est que vers dix-neuf heures, alors que les membres de la société entomologique locale installaient leurs panneaux pour leur revue annuelle des insectes de la région, une camionnette est arrivée avec, à son bord, une troupe qui se présentait sous le nom d'Osibisa.

Je précise, pour ne pas laisser croire à une confusion de ma part, que ce nom ne m'évoquait rien à l'époque, et qu'il ne m'évoque toujours rien aujourd'hui, sinon ce soir-là. La troupe comptait quatre personnes, dont un danseur que tout le monde, dans la salle, a fini par appeler entre nous "le spring-heeled", parce qu'il ne semblait jamais poser tout à fait le talon au sol. Je le dis avec le sourire, mais sans intention moqueuse : c'était impressionnant à voir, même dans le désordre de cette soirée.

La société entomologique avait réservé la scène pour présenter ses cadres de spécimens, du côté gauche, pendant qu'on tentait d'installer, à droite, un espace de répétition pour la troupe. Je me souviens d'un des membres de la société, un homme affable qui avait consacré sa retraite aux coléoptères du secteur, expliquant poliment au responsable de la troupe qu'il ne voyait "aucun inconvénient" à partager l'espace, du moment qu'on ne touchait pas aux vitrines. Le responsable de la troupe a répondu, je crois de bonne foi, qu'ils avaient l'habitude de "faire avec ce qu'on leur donnait".

J'ai retrouvé, des années plus tard, une mention de cette soirée dans le Registre des créneaux doubles tenu par la société de location : la réservation y porte, non un numéro, mais un nom de code, "Coccinelle", que je suppose choisi par quelqu'un qui trouvait la situation amusante. Je ne sais pas qui a tenu ce registre, ni si mon souvenir correspond exactement à l'entrée en question, mais les dates concordent.

Ce que je regrette, c'est de ne pas avoir demandé, ce soir-là, d'où venait la troupe, ni pour quel motif elle se produisait dans notre salle plutôt qu'ailleurs. Personne n'a semblé s'en inquiéter sur le moment : les enfants présents pour la revue des insectes ont fini par se rassembler du côté de la répétition, plus intéressés par le danseur que par les cadres de scarabées, ce qui n'a pas manqué de vexer un peu la société entomologique, sans que cela aille plus loin qu'un froissement passager.

La troupe est repartie vers vingt-trois heures, sans qu'on ait eu le temps d'échanger des coordonnées. Je n'ai plus jamais entendu parler d'Osibisa depuis, ni en bien ni en mal, et je ne sais toujours pas si le nom désignait la troupe elle-même ou seulement ce numéro-là. Je le mentionne ici parce qu'on m'a dit que ce genre de souvenir avait sa place dans ce fonds, et parce que je préfère qu'il reste quelque part plutôt que de disparaître avec moi.

Catégories : Testimonies · Local archives

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