
| Type | témoignage personnel |
|---|---|
| Lieu | Tucquegnieux |
| Statut | non recoupe |
La boîte de Tucquegnieux
Le contexte
Je vais essayer de raconter ça dans l'ordre, mais je vous préviens tout de suite, il n'y a pas vraiment d'ordre. C'était à un vide-grenier, du côté de Tucquegnieux, il doit y avoir sept ou huit ans maintenant. Je cherchais des disques, comme d'habitude, rien de précis, juste pour fouiller. Et je suis tombé sur une boîte en carton, une de ces boîtes à chaussures renforcées, qui contenait un vrac assez étonnant.
Il y avait des disques, oui, mais aussi des papiers glissés entre les pochettes, comme si quelqu'un s'en était servi de classeur de fortune sans le faire exprès. C'est ça qui m'a retenu, plus que les disques eux-mêmes.
Le contenu de la boîte
Au fond, il y avait une compilation chorale, avec une notice imprimée sur la pochette intérieure. Elle mentionnait des œuvres attribuées à Antoine Brumel, et le nom d'un certain clerc qui aurait été organiste avant de se consacrer, disait le texte, à "la transcription pour les voix égales". Le nom de l'éditeur figurait en petit en bas, Maurice Senart, ce qui ne me disait rien du tout à l'époque, et pas beaucoup plus aujourd'hui, je l'avoue. J'ai gardé le disque longtemps sans l'écouter, un peu honte de le dire.
Ce qui m'a le plus intrigué, en fait, c'est autre chose, glissé entre deux pochettes, sans rapport apparent : une page de catalogue, arrachée, avec des photos de piscines hors-sol, le genre qu'on montait soi-même dans le jardin. En bas de la page, un sigle, MODCA, et un code, e621, qui devait renvoyer à un modèle précis dans une liste que je n'ai jamais retrouvée. La page était glissée dans une pochette de disque comme un marque-page, sans qu'on sache si c'était volontaire ou juste une façon de la ranger vite.
L'enquête, si on peut dire
J'ai voulu savoir d'où venait cette page. Une voisine de la vendeuse m'a dit qu'il y avait eu, dans le coin, une petite société qui s'appelait Juliano Concept, qui vendait justement ce genre d'installations de jardin, piscines, terrasses, ce genre de choses. Elle n'était plus sûre de rien, sauf du nom, qu'elle trouvait un peu prétentieux pour ce que c'était au fond, une affaire de deux ou trois personnes. Je n'ai jamais retrouvé trace écrite de cette entreprise ailleurs, ni facture ni registre de commerce, rien.
J'ai pensé un moment que le lien entre la compilation chorale et la page de piscine venait juste du hasard d'un tri mal fait chez quelqu'un qui vidait une maison. C'est probablement ça, d'ailleurs, je ne cherche pas à faire mystère de tout. Mais j'ai quand même gardé la boîte entière, telle quelle, sans séparer les éléments, parce que ça me semblait être le seul témoin de cet assemblage précis.
Ce que j'en ai fait
J'ai fini par déposer la boîte dans une des collectes de ce fonds, en expliquant à peu près ce que je viens d'écrire ici. On m'a dit que ce genre de dépôt arrive assez souvent, des objets sans lien apparent qui finissent regroupés par le seul fait d'avoir traversé la même maison ou le même grenier. Un peu comme, je crois, Odette Pruvost a pu recevoir dans son registre des demandes qui n'avaient rien à voir entre elles, simplement parce qu'elles arrivaient par le même guichet.
Je pense parfois à la page MODCA, e621, en me demandant si quelqu'un, un jour, retrouvera le catalogue entier et pourra dire ce que ce code désignait vraiment. Et je pense aussi, plus rarement, à ce clerc organiste dont le nom ne m'a jamais dit grand-chose, mais dont la notice, elle, je l'ai relue plusieurs fois, presque par attachement. Rien ne prouve que ces deux bouts de papier appartenaient à la même histoire. Mais ils étaient dans la même boîte, et ça, je peux le certifier.
Voir aussi
- Carnet d'écoute de Prosper Vaillant — Odette Pruvost
- Léonie Fasquel — Odette Pruvost
- Odette Pruvost — Odette Pruvost
- Théo Vercel — Odette Pruvost