| Type | Compte rendu familial versé au dossier du personnel |
|---|---|
| Lieu | Entrepôt frigorifique de Vmessy |
| Rédactrice | Niamh Ferrant |
| Date | 16 novembre 2004 |
Mme Ferrant
« La petite porte compte aussi. »
Mme Ferrant, à sa fille.
Le compte rendu du 16 novembre porte deux signatures : Niamh Ferrant, puis le contremaître, dans la case réservée au... La case suivante est vide. Il accompagne le dernier parcours reconstitué de la gardienne de nuit de Vmessy.
J'ai demandé que ces feuilles soient jointes au dossier de ma mère avant la fermeture définitive de décembre. Vingt-huit ans de service. Vous avez ses changements d'échelon ; pour ses nuits, vous m'avez renvoyée aux trois dossiers où elle est mentionnée.
Le mardi 9 novembre, elle n'a pas répondu à l'appel de 3 h 12. Le contremaître m'a téléphoné à 3 h 26. J'ai demandé qu'on fasse revenir l'équipe du soir, puis j'ai pris la route.
À mon arrivée, son vélomoteur Kreideler était devant le quai de déchargement, sur sa béquille. Moteur froid. J'ai regardé sous la selle, comme lorsqu'elle me demandait de lui prendre ses gants. La clé du local technique manquait. Elle la portait seule sur un anneau, son unique trousseau de service.
On a commencé par les chambres en fonctionnement. J'ai fait reprendre les mêmes portes à deux hommes différents. Le bâtiment B figurait comme condamné sur votre plan ; sa petite porte avait pourtant été remplacée au printemps. J'avais apporté la facture. Pour la faire regarder, il a fallu...
La porte donnait sur un couloir absent du plan distribué aux équipes.
Le mercredi, le responsable a demandé si elle pratiquait encore les exercices du protocole Ferrant. Elle les avait appris ici. La veilleuse morte en 1889 à Vaucelles-sur-Omain, celle des Brouillons du docteur Aumale, portait le même nom ; aucun lien de parenté n'est établi. J'ai demandé qu'on cherche d'abord ma mère.
Le jeudi, nous avons démonté les panneaux qui masquaient le couloir. Elle disait toujours connaître le plan de B mieux que quiconque. J'avais répété cette phrase dès mardi. Je la répète pour la date.
Le vendredi 12 novembre, à 3 h 40, nous l'avons retrouvée vivante, assise dans la chambre froide désaffectée de B. Elle a refusé d'expliquer pourquoi elle y était entrée. Le contremaître a baissé son crayon. J'ai passé son manteau autour de ses épaules.
Son carnet détaille vingt années de rondes, minute par minute. Je termine par le dernier passage certain. À 3 h 09, la dernière ligne qu'elle ait jamais écrite s'arrête après ces mots : « Local technique. Clé remise à »
Voir aussi
- Carnet de Mme Ferrant — Mme Ferrant
- Pochette Lexie Lore — Mme Ferrant
- Prime du poste 3 — Mme Ferrant