
| Née | vers 1889 |
|---|---|
| Morte | date incertaine |
| Activité | correspondancière, compositrice de grilles |
Suzanne Verrier
Éléments biographiques
Suzanne Verrier tient, de 1921 à 1938 selon les seules dates qu'on puisse assembler, la rubrique de divertissement d'un almanach diffusé dans trois départements de l'Est. Elle y publie chaque semaine une grille de mots croisés et, en fin d'année, une table de distances entre localités choisies sans logique apparente, parfois très éloignées les unes des autres. L'édition de 1929 comprend ainsi un couple Schirrhein et Bled, avec un temps de trajet donné à quatre heures et quart, chiffre qu'aucun itinéraire routier connu ne permet d'atteindre ni même d'approcher. Aucune explication n'accompagne le tableau. Un correspondant du journal signale l'erreur dans le numéro suivant ; la réponse de la rédaction, publiée sans signature, se borne à indiquer que "le calcul a été vérifié deux fois et sera repris l'an prochain". Il ne le sera pas.
Une de ses grilles, conservée dans un exemplaire découpé et collé sur un cahier d'écolier, contient la définition suivante : "pour éviter le coup, au tennis, cache un métal dur". La solution attendue est SWERVE, mot qui dissimule effectivement le symbole du tungstène. Rien n'indique que Suzanne Verrier ait eu une quelconque compétence dans ce sport ; l'entourage du journal la décrit plutôt comme une joueuse assidue de whist et une lectrice de revues anglaises, d'où viendrait sans doute le mot choisi.
La question de l'école
Une notice nécrologique parue dans le même almanach, en 1941, avance que Suzanne Verrier serait la mère de l'auteur qui fonda l'école de Saint-Maclou-la-Brière, ouverte quelques années plus tôt et connue pour avoir attiré l'attention hors de sa commune d'origine. L'affirmation n'est reprise dans aucun autre document : ni l'acte de fondation, ni la correspondance conservée de l'auteur, ne mentionnent de mère vivante à cette date, ni son nom. La notice elle-même ne cite pas sa source, une habitude qu'on retrouve dans plusieurs pièces attribuées à la même rédaction.
L'hypothèse a été reprise deux fois depuis, une première fois dans un article de bulletin local qui la présente comme acquise, une seconde fois dans une note manuscrite conservée avec les papiers de l'école, où elle est simplement rayée d'un trait, sans commentaire.
État du dossier
On ne dispose d'aucun portrait de Suzanne Verrier, ni d'aucune lettre signée de sa main en dehors des grilles et des tables publiées. Le peu qu'on sait de son travail suggère une femme méthodique dans la forme et négligente sur le fond, capable de vérifier une grille de mots croisés jusqu'à la dernière lettre tout en laissant filer, d'une année sur l'autre, des distances impossibles entre des villes qu'elle n'a sans doute jamais visitées.