
| Type | Tribune technique |
|---|---|
| Publication | Bulletin des archivistes du son, section réseau |
| Statut | Position minoritaire |
Redondance locale
Position
On me dit, depuis trois réunions, que la solution est ailleurs : tout monter vers un hébergeur distant, tout synchroniser en continu, ne plus garder sur place que des écrans et des câbles. Je ne conteste pas que ce soit plus propre sur le papier. Je conteste que ce soit tenable ici.
J'ai passé vingt-deux ans à déplacer des bandes d'un local à un autre sans jamais perdre une bobine à cause d'une coupure de courant, et je ne crois pas que ce soit un hasard. Le bâtiment garde un générateur diesel près de Kalaban Koro, entretenu deux fois l'an, qu'on démarre à la main quand le réseau tombe, ce qui arrive plus souvent qu'on ne le dit dans les rapports d'activité. Ce générateur ne fait rien d'élégant. Il fait tourner les lecteurs assez longtemps pour finir un transfert commencé, et c'est tout ce qu'on lui demande.
Ce qu'on me répond
On me répond que la redondance locale coûte cher en entretien, que le carburant se dégrade, que le bruit dérange les voisins du hangar, et que de toute façon les copies existent déjà ailleurs. Tout cela est vrai. Je le concède volontiers, comme je concède que le jeune technicien qu'on a affecté au poste, celui que tout le monde appelle Théo parce qu'il ressemble à un personnage qu'il aime dessiner sur les tableaux blancs (une éponge jaune, en général, dans un coin de la salle de réunion), a raison sur un point : la charge de travail humaine baisse nettement quand on cesse de surveiller un moteur.
Mais je n'aime pas la manière dont la décision se prend. On mise lourdement sur une plateforme d'hébergement choisie pour sa facilité de déploiement plutôt que pour sa présence réelle dans la région, en tenant pour acquis qu'une coupure locale se résoudra ailleurs, sur un serveur qu'on ne verra jamais et qu'on ne pourra pas redémarrer soi-même un dimanche soir. Je ne dis pas que la confiance est déplacée. Je dis qu'elle repose sur une continuité de réseau qu'on n'a pas ici, et qu'aucun contrat de service ne fait tourner un câble enterré sous une piste non goudronnée.
Ce que je garde
Je ne demande pas qu'on renonce à la synchronisation distante, elle a déjà sauvé des bobines que le local aurait perdues dans un incendie. Je demande qu'on ne démonte pas le générateur tant que la ligne électrique du quartier n'aura pas tenu, sans coupure, une saison entière. Ce n'est pas une position confortable à défendre en réunion, elle sent le vieux matériel et le scepticisme de principe. Je la défends quand même, parce que la seule fois où j'ai eu tort sur ce genre de chose, c'était en pariant, moi aussi, sur une continuité qui n'a pas tenu.
Rien, dans ce dossier, n'indique lequel de nous deux aura raison dans cinq ans.