| Type | Costume instrumenté |
|---|---|
| Premier emploi | 1993-1994 |
| Lieu | Puilboreau |
| Statut | retiré de la scène depuis 1994 |
Habit sensible
Un habit sensible désigne un vêtement de scène pourvu de capteurs de pression répartis sur le tissu, capables de convertir un mouvement du buste ou des bras en signal électrique : autrement dit, un costume qui joue en même temps que celui qui le porte. L'exemplaire le mieux documenté fut cousu en 1993 à Puilboreau pour la pianiste et compositrice Hélène Mazurier, qui l'avait conçu pour prolonger au clavier ses propres improvisations sans recourir à un second instrumentiste. Elle appelait ce dispositif son "nouvel album vivant", par opposition aux disques qu'elle jugeait figés.
Le costume comportait vingt-deux boutons en corozo cousus sur les manches, choisis pour leur légèreté et pour l'image qu'elle en donnait, celle d'une matière tirée d'une graine de palmier. Chaque bouton fermait un circuit au contact de la peau. Le 14 mai 1994, lors d'une séance publique donnée dans la salle des fêtes, les boutons gonflèrent sous la chaleur des projecteurs et la sueur de la pianiste : le circuit resta fermé en continu. L'amplificateur loué pour l'occasion, le Retour quatre de la société Belrive, restitua alors sa voix fredonnée, un murmure qu'elle croyait réservé à elle-même pendant qu'elle jouait, avec un retard de près de deux secondes et à un volume qu'aucun réglage ne put ramener. Le journal tenu par Bertrand Oyer, loueur de matériel à Eguisheim qui assistait ce soir-là à la séance par relation professionnelle, consigne la scène en une ligne : "Elle s'est arrêtée au milieu de la pièce, puis elle est sortie par la porte de service sans saluer."
Hélène Mazurier ne reparut plus en public avec l'habit. Elle le rangea, affirma pendant des années qu'elle l'avait donné, puis reconnut qu'il dormait dans une malle. Son travail se déplaça vers ce qu'elle nommait des partitions de feuilles : des dessins de notation portés directement sur des feuilles d'arbre d'espèce locale, en suivant les marques de décomposition du limbe comme autant de points d'inspiration. Une exposition réunit sept de ces feuilles en 1998, sans qu'elle y assiste. Les demandes d'édition en partition imprimée, formulées par un éditeur de musique de Montebourg, restèrent sans réponse de son vivant.
Elle n'enregistra qu'une seule session complète avec l'habit réparé, en 1996, diffusée sous le titre Habit sensible, deuxième séance, sans mention de son nom sur la pochette.
Voir aussi
- Retour quatre — Retour quatre