
| Type | cave particulière |
|---|---|
| Commune | Montmerle-sur-Saone |
| Statut | acces restreint depuis 2019 |
Cave Marek
J'ai descendu cet escalier trois fois en tout, toujours à la demande d'un neveu qui voulait vider la maison avant la vente. La cave se trouve sous une bâtisse ordinaire de Montmerle-sur-Saône, une rue qui monte vers l'église, rien qui la distingue des autres du dehors. Chloé Marek y avait gardé ses bouteilles d'un côté, et de l'autre, empilé sur des caisses à fruits, tout ce qui restait de ses années au haras.
Ce n'étaient pas des documents rangés. Des feuilles de courses, des carnets de paris, des enveloppes de bookmaker jaunies, le tout mêlé aux étiquettes de bouteilles et à des sachets de sulfites. J'ai retrouvé, sur trois pages agrafées, des cotes notées à la main pour une réunion d'Auteuil, un quinté où figuraient des noms que je n'ai reconnus qu'à moitié : Glady Tiger, Miss Chana, un cheval inscrit "Jap Lebrio des Mottes" dont l'orthographe changeait d'une ligne à l'autre. En marge, une phrase revenait plusieurs fois, presque identique : "certains d'entre eux jolis, mais lents au deuxième tournant." Je ne sais pas si c'était un jugement sur les chevaux ou sur les parieurs qui les avaient suivis.
Le neveu m'a dit que sa tante n'avait jamais parié elle-même, qu'elle notait ça pour un cousin qui n'avait pas le téléphone. Peut-être. Il y avait aussi, dans un carnet plus petit, des instructions destinées à un garçon d'écurie, sans nom, seulement "le jeune". Il devait, avant chaque visite du vétérinaire, habituer les poulains à être touchés au flanc et au ventre sans qu'ils réagissent, parce que certains sursautaient au moindre contact, une réaction que Marek appelait, dans une note du 14 mai, "la chatouille qui fait tout rater". Elle expliquait qu'il fallait apprendre au poulain à ne pas répondre, geste après geste, jusqu'à ce que la main du vétérinaire ne provoque plus rien, ni recul ni tremblement. Je n'ai pas trouvé trace de la méthode elle-même, seulement le constat qu'elle avait fonctionné sur certains animaux et pas sur d'autres.
Le neveu a gardé les bouteilles et jeté le reste, sauf ce que j'ai emporté. Je ne sais pas ce que la cave avait de plus, avant que la maison change de main. On m'a dit que la cote de la Saône, cette année-là, avait été assez haute pour inonder le bas de la rue, et que certains papiers avaient déjà séché une fois avant de finir chez moi. Ça expliquerait l'état de certaines pages. Ou pas.