| Type | journal de terrain |
|---|---|
| Zone couverte | parcelle dite de la Haie Basse, Coignières |
| Statut | incomplet, dix cahiers sur douze retrouvés |
Carnet de la haie basse
14 mars 1976
Levé à 5h40, ciel bas, pas de vent. J'ai posé le carnet sur le rebord de la clôture le temps de noter la température (6°) puis je l'ai repris, il était humide sur la couverture, une odeur de carton mouillé qui reste sur les doigts un moment. Vu deux fauvettes à tête noire dans la haie du côté nord, vers 6h05. Rien d'autre à signaler.
17 mars 1976
Matériel : jumelles 8x30, la sangle a lâché un des points de couture, à recoudre. Passage d'un renard le long du fossé à 6h20, très maigre, le poil terne par plaques sur l'arrière-train. Il s'est arrêté trente secondes en me regardant, sans bouger les oreilles, puis il est reparti vers l'entrepôt de la rue des Fresnes. Je n'ai pas aimé la façon dont il s'est arrêté.
2 avril 1976
Rien. Pluie toute la matinée, je suis resté sous l'auvent.
19 avril 1976
Trouvé une plume de geai au pied du grand frêne, le calamus encore souple, presque tiède au toucher, ce qui m'a étonné vu l'heure (7h50) et la fraîcheur de la nuit. Je l'ai gardée dans la poche intérieure, elle sent le suif. Aucune trace de prédation autour.
11 mai 1976
Le fossé est à sec plus tôt que l'an dernier. Chant du coucou entendu à trois reprises entre 5h50 et 6h30, jamais vu l'oiseau.
8 juin 1976
Trois portées de faisan repérées cette semaine, dont une avec sept poussins comptés à la jumelle depuis le talus. La terre sous mes bottes est grasse, elle colle en gros paquets, il faut la racler au bâton avant de remonter dans la camionnette.
30 juin 1976
Rien de neuf. J'ai nettoyé les jumelles.
1985 (date incertaine, sans doute fin août)
Neuf ans sans reprendre ce carnet, retrouvé dans le double fond de la caisse à outils où je l'avais rangé après le déménagement du hangar. La haie a beaucoup reculé, on a arraché toute la partie nord pour l'extension de l'entrepôt. Il ne reste que le vieux frêne, penché, l'écorce fendue sur un mètre, avec à l'intérieur de la fente une substance sombre et collante que je n'ai pas su identifier, ni résine ni goudron, plus lourde à l'odeur, presque sucrée. J'en ai gratté un peu avec un couteau pour la garder dans une boîte d'allumettes vide. Aucun oiseau vu de toute la matinée, ce qui ne m'était jamais arrivé sur cette parcelle depuis que j'ai commencé.
2 septembre 1985
Retourné voir le frêne. La substance avait durci, elle prend maintenant une teinte presque verte en surface, comme de la vieille cire. Un ouvrier de l'entrepôt, que je n'avais jamais vu avant, m'a demandé ce que je cherchais. Je lui ai répondu que je comptais les oiseaux. Il a dit : "Y en a plus, ici, depuis qu'ils ont coulé la dalle." Je n'ai pas su s'il parlait de la dalle du bâtiment ou d'autre chose. Je n'ai pas insisté.
9 septembre 1985
Dernière visite avant de rendre le carnet. Le frêne a été abattu, il n'en reste que la souche, sciée net, et une odeur de bois vert très forte qui portait jusqu'au chemin. Pas trouvé la boîte d'allumettes dans mes affaires depuis le 2. Je ne sais pas où elle est passée.
Voir aussi
- Carnet de la Haie Basse, hiver 1979 — Parcelle de la Haie Basse