| Type | Banc d'essai gastronomique |
|---|---|
| Paru | 1988 |
| Statut | Pièce versée |
Banc d'essai d'Orban
En février 1988, la revue Le Garde-Manger régional publie sous la signature de Félix Orban un comparatif intitulé « Six plats qui sauvent une mairie », consacré aux spécialités rituelles servies lors des inspections de viabilité communale. Orban y classe le bocal brun de Sourgues, le pâté-ficelle de Vrigne, la galette d'Aubrac-sur-Loue et trois autres préparations selon sept critères : texture, fidélité à la recette déclarée, tenue à la cuisson, coût au couvert, régularité du fournisseur, présentation, et une rubrique qu'il nomme « conformité administrative », sans jamais préciser ce qu'elle recouvre.
Le protocole tient en deux phrases : chaque plat est commandé anonymement auprès de la mairie concernée, puis noté sur place le jour de l'inspection régionale. Rien n'indique comment Orban s'est procuré les factures qu'il cite en marge.
| Plat | Commune | Note /20 | Remarque |
|---|---|---|---|
| Pâté-ficelle | Vrigne | 15 | Fournisseur stable depuis 1979 |
| Galette | Aubrac-sur-Loue | 14 | Recette conforme |
| Tourte au caoubélifis | Sourgues | 6 | Composition incompatible avec les quantités déclarées à la conserverie, voir fournisseur, facture 1987 |
| Flan salé | Pourcharesses | 13 | Sans anomalie |
Le quatrième nom, Pourcharesses, ne figure dans aucune liste officielle de communes menacées pour l'année 1988 : Orban l'a ajouté de sa propre initiative, à titre de témoin, pour vérifier que son barème ne s'effondrait pas sur un cas neutre. C'est ce détail, retrouvé plus tard dans ses carnets, qui convainc les archivistes que la note de Sourgues n'était pas un accident de dégustation.
Orban avait obtenu la facture 1987 d'un fournisseur d'épicerie fine de Launaguet, qui conservait une copie d'un télégramme adressé à la succession Desiree : un virement dont le montant correspondait, au franc près, à celui ayant couvert les frais de l'écurie PM Racing Launaguet l'année précédente. Le critique ne nomme ni l'écurie ni la succession dans son article. Il se contente d'écrire, en bas de tableau, que « certaines notes basses trouvent leur explication ailleurs qu'en cuisine », phrase que ses lecteurs ont lue comme une coquetterie de style, et que les archivistes lisent aujourd'hui comme un aveu calibré.