Je veux expliquer quelque chose de simple. Enfin, simple au départ, c’est-à-dire quelque chose qui pourrait être dit en une phrase, ou plutôt en une seule formulation suffisamment claire pour ne pas nécessiter de reprise. Non, ce n’est pas exact, il y a toujours une reprise, en fait toute phrase contient déjà sa correction implicite, donc ce n’est pas une phrase simple mais une phrase qui se laisse simplifier, ce qui n’est pas la même chose, correct, ou à nuancer. Je voulais dire que je suis entré dans une pièce. Ou plutôt que j’ai franchi le seuil d’un espace défini comme une pièce, ce qui veut dire que la notion d’entrée dépend de la reconnaissance préalable de cet espace comme intérieur. Non, en fait, je ne suis pas certain que ce soit une pièce, disons un volume fermé, ou semi-fermé, ce qui rend “entrer” partiellement incorrect. Donc je ne suis pas entré, j’ai changé de position relative, ce qui est plus neutre, mais trop vague, incorrect par manque de précision. Ce que je tente de dire, c’est que j’étais dehors, c’est-à-dire dans un espace non contenu, ou plutôt moins contenu, et que je me suis déplacé vers un espace plus contenu. Non, “plus contenu” est impropre, il faudrait dire “délimité par des surfaces continues”, ce qui veut dire que l’intérieur est défini par la continuité de ses limites. Mais ces limites peuvent être discontinues, par exemple une porte ouverte, donc “continu” est incorrect, à nuancer. Je reformule : j’étais dans un espace A, puis dans un espace B. A étant extérieur à B, ou plutôt non inclus dans B, ce qui veut dire que le passage de A à B implique une relation d’inclusion. Non, en fait, inclusion n’est pas le bon terme, c’est une relation de contiguïté suivie d’une transition, donc il n’y a pas inclusion mais succession, ce qui invalide la formulation précédente, incorrect. Je suis donc passé de A à B, c’est-à-dire que j’ai traversé une frontière. Ou plutôt une zone de transition, car une frontière stricte supposerait une ligne nette, ce qui n’est pas nécessairement le cas. Non, en fait, il y avait probablement une porte, donc une structure intermédiaire, ce qui veut dire que la frontière était matérialisée, mais pas forcément fermée. Donc dire “traversé une frontière” est correct dans un sens large, mais incorrect si l’on exige une définition géométrique stricte. Je pourrais dire : j’ai ouvert la porte et je suis entré. Non, ce n’est pas fiable, je ne me souviens pas avoir ouvert la porte, peut-être était-elle déjà ouverte, ce qui veut dire que l’action d’ouverture est une supposition, donc incorrect. Je pourrais dire : la porte était ouverte et je suis passé. Ou plutôt : j’ai profité de l’état ouvert de la porte pour me déplacer à travers l’ouverture. Non, “profité” introduit une intention, à nuancer. Disons : la porte, étant ouverte, a permis mon passage. Correct, mais impersonnel, donc incomplet. Je voulais dire : je suis entré dans la pièce. C’est-à-dire, non, ou plutôt, je suis entré dans la pièce, non, je suis entré dans la pièce, non, en fait, je suis entré dans la pièce, ou plutôt je suis entré dans la pièce, ce qui veut dire que “entré” doit être remplacé, non, pas remplacé mais précisé, donc je suis entré, ou plutôt j’ai pénétré, non, pénétré est trop fort, incorrect, j’ai accédé, non, accédé suppose une autorisation implicite, à nuancer, j’ai franchi, non, franchi implique une limite nette, donc incorrect, j’ai traversé, non, traversé suppose un parcours complet, ce qui n’est pas nécessairement le cas, j’ai commencé à être à l’intérieur, ce qui veut dire que l’intérieur est défini par un seuil progressif, ce qui est discutable. Donc, je reformule : j’étais à l’extérieur de cet espace, puis je ne l’étais plus. Ce qui veut dire que la distinction intérieur/extérieur a été modifiée. Correct, mais cela ne dit rien du mécanisme. Je pourrais ajouter : cette modification a eu lieu par déplacement de mon corps. Ou plutôt par déplacement d’un ensemble de points constituant mon corps, ce qui est plus précis mais introduit une granularité inutile, à nuancer. Je constate que chaque tentative d’exactitude produit une nouvelle imprécision. Ce qui veut dire que la phrase initiale, “je suis entré dans la pièce”, bien que simpliste, était peut-être la moins incorrecte. Non, ce n’est pas exact, elle est simplement moins explicitement fausse. Ou plutôt elle dissimule ses erreurs, ce qui n’est pas la même chose. Donc je n’ai pas encore expliqué ce qui s’est passé. En fait, je l’ai expliqué, mais chaque explication se contredit. Ce qui veut dire que l’événement lui-même est stable, mais sa description ne l’est pas. Ou plutôt, l’événement n’est stable que tant qu’on ne le décrit pas, ce qui est à nuancer, car même sans description il dépend d’un cadre interprétatif implicite. Je reviens au début : je veux expliquer quelque chose de simple. Non, ce n’est plus simple. En fait, ce n’était jamais simple, c’est-à-dire que la simplicité était une approximation initiale, incorrecte mais fonctionnelle. Donc ce que je fais maintenant n’est pas une correction, mais une dégradation progressive de cette approximation. Ce qui veut dire que je m’approche peut-être de quelque chose de plus précis, ou plutôt de quelque chose de moins faux, non, de quelque chose de différemment faux. Correct, à nuancer.