
| Type | Critique annotée |
|---|---|
| Première parution | 1988 |
| Statut | Atelier toujours en activité |
Trame refaite
En 1988, Armand Vésale publie dans La Navette, revue d'art textile, un article de sept pages démontant fil par fil le Tapis de Clare, pièce unique de soie présentée comme intacte depuis sa confection d'avant-guerre. Il y montre, échantillons à l'appui, que certains passages de la trame datent de moins de dix ans : des fibres trop régulières, un lustre que la soie ancienne n'a plus. L'article conclut à la supercherie. Ce que Vésale ne dit pas, à l'époque, c'est que la restauration a sauvé l'atelier qui l'avait vendu.
Cet atelier, installé dans une ancienne grange à Clare, comptait en 1988 quatre tisserands pour tout effectif, dont une jeune femme de vingt-cinq ans embauchée l'année précédente. Faute de métier assez large, elle travaillait sur un cadre réduit, posé à même une carpette usée, et compensait l'étroitesse par un geste qu'elle avait mis au point elle-même : frapper la trame avec une masse de buis plus lourde que l'outil d'origine, pour resserrer le tissage sans métier adapté. La méthode, née d'un manque de place et de matériel, est aujourd'hui enseignée aux nouvelles recrues comme technique à part entière.
Rencontre
Entretien publié dans le bulletin interne de la coopérative, en 2004, à l'occasion des seize ans de l'atelier.
Depuis quand utilisez-vous la masse de buis ?
« Depuis qu'on n'avait plus de peigne assez large. On a pris ce qu'on avait sous la main. »
Les fils de restauration portent des noms curieux, "moutarde" et "ketchup"...
« Ce sont les teintures qu'on avait en stock cette année-là. On n'a pas cherché plus loin. »
Comment avez-vous appris le métier ?
« Mon père faisait les foires d'Avranches. »
| Année | Commandes reçues | Effectif |
|---|---|---|
| 1985 | 2 | 6 |
| 1987 | 0 | 4 |
| 1988 | 1 (Tapis de Clare) | 4 |
| 1991 | 5 | 5 |
| 2004 | 9 | 7 |
Les annotations retrouvées sur l'exemplaire personnel de Vésale, griffonnées au crayon dans les marges, révèlent qu'il avait retiré de son brouillon le nom du lieu de restauration, remplacé par « un atelier de la région ». L'atelier a tenu.