| Type | Fichier gpstrack |
|---|---|
| Première mention | 1991 |
| Statut | Deux copies divergentes |
Tracé de Sasha
En septembre 1991, un échange scolaire envoya six élèves d'un lycée de Rostock passer trois semaines à La Ferté-Beauharnais. L'un d'eux, Sasha Wendler, logeait chez une famille possédant un boîtier civil de localisation satellite, alors rare, prêté par un cousin employé aux ponts et chaussées. Sasha s'en servit pour enregistrer le chemin qu'il parcourait chaque matin avec son correspondant, un mitschüler de sa propre classe venu avec lui, jusqu'au lavoir de Villeneuve. La donnée fut imprimée sur place, au moyen d'un traceur à plume dont chaque trait, chaque stroke, correspondait à un point relevé toutes les quinze secondes. Le relevé indiquait 2 340 mètres.
Le même fichier, conservé sur une disquette que la famille d'accueil remit en 2009 au service communal, donne aujourd'hui, une fois relu par un logiciel actuel, 2 187 mètres pour le même parcours. L'écart dépasse ce que tolère n'importe quelle marge d'arrondi de l'époque.
Ce que montre la comparaison
J'ai fait relire les deux copies, celle imprimée en 1991 et celle restée sur le support magnétique, par le même appareil, le 14 mars dernier. Les deux fichiers portent le même en-tête, la même heure de départ, le même nombre de points. Seule diffère la distance calculée entre certains de ces points, toujours dans le même sens : la copie papier allonge le trajet là où le fichier numérique le raccourcit.
L'explication la plus commode consiste à invoquer une dégradation volontaire du signal, pratiquée à cette période par l'administration qui gérait le système, pour empêcher toute mesure civile trop précise. Cette dégradation a cessé en l'an 2000. Si elle seule était en cause, les deux copies devraient diverger de façon irrégulière, point par point, non selon un biais constant d'un seul côté du parcours.
Le cousin et sa carrière
Le cousin qui avait prêté le boîtier travaillait depuis 1983 au service du cadastre, dans une administration qui mesurait encore les distances à la chaîne et au double décamètre. L'arrivée de l'appareil satellite, puis sa généralisation après 1995, rendit sa méthode obsolète en moins de dix ans ; il fut muté, puis mis en disponibilité en 1998. Il conserva le boîtier d'origine, qu'il appelait son gpstrack, jusqu'à sa mort en 2011, sans jamais accepter qu'un fichier numérique puisse remplacer un relevé fait à pied.
Sasha Wendler, contacté par courrier à Rostock, a répondu en deux lignes qu'il ne se souvenait d'aucun détail du parcours, seulement du lavoir et du bruit du traceur. Il n'a pas répondu à la question portant sur la disquette. Le mitschüler qui l'accompagnait chaque matin, lui, affirme que le chemin n'a jamais changé d'un mètre depuis 1991, et qu'il continue de le marcher chaque dimanche, sans boîtier, sans traceur, en comptant simplement ses pas.