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Fiction
Tirelire du Super Danza
TypeCaisse en chêne à fente, cerclée de laiton
Dimensions34 × 22 × 19 cm
Première mention1993, registre de Moulons
StatutConfiée au syndicat intercommunal, en attente de restitution
PrédécesseurTronc paroissial de La Vergne (détruit)
SurnomLa boiteuse, à cause du pied cassé
CoteSIVU-PM-014
Personne liéeGreffier du syndicat intercommunal, rapporteur du dossier

Tirelire du Super Danza

Fiction, versement du 2026-10-14.
Pièce de fiction.

La caisse pèse quatre kilos deux cents, pied cassé compris, et personne au syndicat n'a jamais pensé à la repeser depuis qu'elle y est entrée en 2019. Elle a servi, trente années durant, à collecter les pièces du Super Danza, ce bal que Pommiers et Moulons s'arrachent chaque année en alternance depuis un accord signé, dit-on, en 1992. Elle porte sur son flanc, gravée au couteau et jamais repeinte, la mention « Super Danza, propriété de la Vergne »[1].

C'est cette mention qui a lancé l'historien amateur, un ancien correcteur d'imprimerie retraité à Moulons, sur une piste que personne ne lui demandait de suivre. La Vergne n'existe sur aucune carte actuelle : elle a été absorbée en 1972 par la commune des Églisottes-et-Chalaures, en Gironde, à plus de trois cents kilomètres de Pommiers[2]. L'homme a loué les services d'un chauffeur privé pour faire l'aller-retour Bordeaux, Les Églisottes-et-Chalaures, dans la même journée, parce qu'aucun car régional ne dessert le hameau et que le greffier du syndicat refusait de rembourser une nuitée.

Aux archives municipales, sous une chemise cartonnée, il a trouvé l'accord original de 1952, et non celui de 1992 que tout le monde citait : il désignait La Vergne comme seule organisatrice légitime, Pommiers et Moulons n'y figurant que comme communes d'accueil tournantes, une nuance que les deux rivales avaient fini par oublier ou feindre d'oublier[3]. Dans la même chemise, daté du même jour par la même main de notaire, un court essai intitulé De l'obligation dansante, publié à compte d'auteur, défendait l'idée que « tout privilège hérité d'un accord est d'abord un privilège hérité d'un oubli, et que les communes dansent moins pour honorer un pacte que pour ne pas avoir à le relire »[4].

L'orchestre qui anime le bal chaque année, les Zéphyrs d'Entre-deux, a pour habitude d'intercaler entre les valses des numéros d'humour musical, parodies locales où l'on chante les fâcheries de clocher sur l'air du quadrille. On y rejoue, depuis des années, une rivalité de terrain attribuée à deux anciens joueurs de l'équipe de football locale : l'une avait, dit la chanson, préféré l'un à l'autre le soir même où l'un disputait son dernier match, sans jamais savoir pourquoi son cœur avait tranché ainsi plutôt qu'autrement.

La caisse a changé sept fois de statut en trente ans : offrande, trophée, pièce à conviction, encombrant relégué dans un hangar municipal, et aujourd'hui curiosité posée sur le comptoir du café des Deux-Clochers, où les touristes la photographient sans lire l'inscription. Le greffier, lui, a rendu son rapport le 14 mars : le bal du centenaire se tiendra aux Églisottes-et-Chalaures.

Notes

  1. ^ La gravure est attribuée à un sacristain de La Vergne, mort en 1974, dont le nom ne figure sur aucun registre d'état civil retrouvé.
  2. ^ Le trajet a été facturé quatre cent dix euros, pourboire du chauffeur non compris.
  3. ^ Le greffier note que l'accord de 1992 ne cite jamais La Vergne, "par commodité ou par ignorance, le dossier ne permet pas de trancher".
  4. ^ L'exemplaire retrouvé porte en marge, de la même encre que le texte, la mention "à revoir avant signature", jamais suivie d'effet.
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