| Type | Rapport administratif |
|---|---|
| Rédigé | 2024 |
| Concerne | Vote du 14 mars 1987 |
Relais abjectif de Verchamps
Le relais nord de Verchamps porte le numéro 7. Il est fixé sur le toit de l'ancienne grange Ferrachon, à six cents mètres du bourg, et c'est de là qu'est parti, le 14 mars 1987, le signal qui a fait basculer le vote contre la fusion avec Monthiers.
Le système tient en trois lignes. Chaque foyer vote en allumant une lanterne à sa fenêtre, rouge pour oui, blanche pour non, pendant la minute fixée par la cloche. Le relais le plus proche reproduit le signal reçu vers le relais suivant, de poste en poste, jusqu'au clocher où le maire relève les lumières une à une au moyen d'une lunette. Le total s'obtient par addition simple des lanternes recensées à l'arrivée.
En 1987, ce total comptait quarante-trois voix. Le registre des votants n'en recensait que quarante-deux. Personne n'a relevé l'écart à l'époque, ou personne ne l'a signalé. Le préfet de l'époque a validé le résultat sans vérification, la fusion a été écartée, et Verchamps a continué d'exister.
J'ai repris le dossier en janvier de cette année. La maison du relais 7 est désertée depuis 1977. Son propriétaire, Augustin Ferrachon, est mort noyé dans le torrent du Brez cette même année-là. Il figure pourtant encore, en 1987, dans le registre des votants, sous sa propre main, avec sa propre signature.
J'ai interrogé la veuve, Odile Ferrachon, installée depuis à Bellecombe. Elle a reconnu être montée allumer la lanterne de son mari chaque fois qu'un vote était annoncé, de 1977 à 1994, année où elle a cessé faute de forces pour grimper. Elle dit avoir voulu que le village ne disparaisse pas de son vivant.
Ce relais abjectif n'a jamais transmis une fraude. Il a transmis une fidélité, tenue dix-sept ans durant sur un toit vide, et c'est elle qui a maintenu Verchamps hors du cadastre voisin jusqu'à ce jour.