| Type | Réclamation écrite |
|---|---|
| First recorded | 14 mars 1998 |
| Status | Classée sans suite |
Réclamation Ory contre le comité de liquidation Verrat-Fils
Objet
Le 14 mars 1998, Marcel Ory, ancien agent d'entretien à l'usine Verrat-Fils, dépose au comité de liquidation une réclamation pour un cendrier en laiton manquant à l'inventaire de départ établi le mois précédent. Il en évalue la valeur à 40 francs, "au minimum", et demande réparation. L'objet figurait, précise-t-il, sur l'inventaire signé le 12 février, "signé par les deux parties, ce qui n'est pas rien".
Texte de la réclamation
"Je demande que soit consigné le fait suivant : le cendrier en laiton posé sur mon établi depuis 1979, objet modeste, je le reconnais volontiers, mais objet à moi, a disparu entre le 10 et le 12 février, période durant laquelle Denis Cahut disposait seul des clés de l'atelier B. Je ne l'accuse pas à la légère. Je l'accuse parce que c'est lui.
Je rappelle ce qu'il a dit au pot de départ, le 6 février, devant sept personnes dont je pourrais donner les noms : "Marcel, tu m'as toujours pris pour un modeste, et t'as raison, je suis modeste, mais toi t'es juste petit." Je cite ces mots intégralement parce qu'on me demandera sans doute pourquoi je fais une histoire d'un cendrier. C'est pour ça. Un homme modeste ne dit pas ça à un ami de vingt ans. Un homme modeste ne prend pas ce qui ne lui appartient pas.
J'ai été modeste avec cette usine pendant vingt-six ans. J'ai été modeste avec mon salaire, modeste avec mes horaires, modeste quand il a fallu l'être en 1991 pendant les licenciements où lui est resté et moi j'ai attendu. Je ne demande pas qu'on soit modeste avec moi en retour. Je demande le cendrier, ou sa valeur en francs, ou une explication qui ne soit pas modeste elle non plus."
Inventaire du 12 février (extrait)
| Poste | Atelier | Signataires | Observation |
|---|---|---|---|
| Établi n°4 | B | Ory / Cahut | RAS |
| Cendrier laiton | B | Ory / Cahut | Présent |
| Casier outillage | B | Ory / Cahut | RAS |
| Établi n°4 | B | Cahut seul | Cendrier absent |
La dernière ligne, ajoutée à la main le 15 février sans la signature de Marcel Ory, ne figure dans aucun registre officiel du comité.
Suite donnée
Le comité classe la réclamation le 2 avril 1998, faute de preuve matérielle. Denis Cahut, interrogé en séance, répond n'avoir "jamais touché à rien qui ne lui appartenait pas, cendrier ou autre".
Le cendrier a été retrouvé le 9 avril, dans un carton entreposé par Marcel Ory lui-même chez sa sœur à Verchamps, sous des outils qu'il disait avoir cédés à l'usine. Une lettre commencée le lendemain, adressée à Denis Cahut, s'arrête après : "Denis, je crois que je dois t'expliquer une chose au sujet du cendrier, parce que ce que j'ai écrit au comité n'était pas tout à fait"