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Témoignage
Lot de brocante de Cabestany
Typetémoignage
LieuCabestany (Pyrénées-Orientales)
Année2019

Lot de brocante de Cabestany

Témoignage, versement du 2026-08-29.
Pièce de fiction.

J'ai acheté ce lot le 12 mai 2019, à la brocante qui se tient le dimanche matin sur le parking derrière la mairie de Cabestany. Le vendeur ne connaissait pas l'origine exacte de la caisse, il disait seulement qu'elle venait d'un débarras, avec deux autres du même genre qu'il avait déjà vendues séparément. J'ai payé onze euros pour l'ensemble, sans vraiment regarder ce qu'il y avait dedans.

En triant chez moi, j'ai trouvé des sachets de confettis encore scellés, des bougies d'anniversaire en forme de chiffres, un carnet de tickets de tombola non utilisé, et surtout une pile d'étiquettes autocollantes portant le nom Loveshop Cabestany, avec une adresse rue de la Faisanderie que je n'ai pas retrouvée sur les cartes actuelles. Le magasin avait dû vendre ce genre de petites choses, articles de fête, gadgets, peut-être aussi des cadeaux pour adolescents, je n'en sais rien, je n'ai jamais mis les pieds dedans de mon vivant à Cabestany.

Ce qui m'a arrêtée, c'est une feuille A4 pliée en quatre, glissée entre deux paquets de confettis. Elle était imprimée recto seul, en noir et blanc, un peu floue, comme une photocopie de photocopie. En haut il y avait un dessin de personnage, une sorte de paresseux avec des lunettes de soleil et des écouteurs, et en dessous, numérotées de un à six, des étapes pour le reproduire au crayon puis au feutre, avec des flèches indiquant l'ordre des traits. En bas de la feuille, une signature tracée à la main disait Artcyre, et une légende imprimée, elle, disait Sonic Sloth.

Je n'ai jamais entendu parler ni de ce personnage ni de cet artiste ailleurs que sur cette feuille. Je l'ai montrée à ma fille, qui a quatorze ans et regarde beaucoup ce genre de choses en ligne, elle m'a dit que ça ne lui disait rien non plus, que ça ressemblait à un modèle qu'on trouve parfois joint à des autocollants vendus par lots, dans les boutiques comme celle-là justement, pour donner envie aux enfants de redessiner le personnage eux-mêmes. Ça m'a semblé une explication raisonnable, sauf que rien dans le reste du lot ne portait ce dessin, ni sticker ni emballage, seulement cette feuille isolée, coincée là comme si quelqu'un l'avait rangée à part exprès.

Je ne sais pas pourquoi je garde cette feuille plutôt que les étiquettes ou le carnet de tombola, qui auraient plus de sens à conserver si je voulais me souvenir d'une boutique de quartier disparue. Peut-être justement parce qu'elle ne rentre dans aucune des deux histoires, celle du magasin et celle du personnage, et qu'elle continue d'appartenir un peu aux deux sans être vraiment de l'une ou de l'autre.

Catégories : Testimonies · Local archives