| Type | témoignage |
|---|---|
| Lieu evoque | Cabestany, France |
| Statut | sans suite |
La lettre au sujet du comprimé LC
Le comprimé LC et l'adresse retrouvée
J'ai repris le dossier du lot Curemont en mars 1996, un an après la réunion où l'affaire avait été classée sans suite. Ce n'était pas mon travail, à proprement parler : on m'avait simplement demandé de vérifier deux ou trois cotes avant un archivage définitif. Je dis cela pour qu'on comprenne bien que je n'ai rien cherché.
La pièce du comprimé LC m'a arrêté plus longtemps que les autres. Elle réclamait, on l'a déjà noté ailleurs, une notice d'usage en hindi. Ce qui n'avait pas été noté, c'est qu'au dos de la feuille, presque effacée, figurait une adresse manuscrite : "18 avenue du Roussillon, Cabestany". Rien d'autre. Ni nom, ni numéro de téléphone, juste ces mots, comme un pense-bête qu'on aurait griffonné avant de l'oublier.
J'ai fait ce que j'aurais dû éviter de faire : j'ai cherché ce qui se trouvait à cette adresse. Les annuaires professionnels de l'époque, ceux qu'on consultait encore sur microfiche au sous-sol, donnaient pour ce numéro un commerce enregistré sous l'intitulé "loveshop", sans autre précision, sans enseigne connue, sans siret retrouvable dans les registres consultés par la suite. Trois mentions seulement, sur trois années differentes, toujours à la même adresse, toujours sous le même intitulé bref.
Je ne sais pas ce que cette coïncidence signifie, si tant est qu'elle signifie quelque chose. Le sigle LC pourrait tout aussi bien renvoyer à un laboratoire, à une marque, à deux initiales de personne, comme cela arrive dans la moitié des pièces mal classées de ce lot. J'ai proposé, dans une note de service que je n'ai jamais envoyée, de rapprocher cette adresse du dossier Curemont dans son ensemble, en particulier des trois signataires non identifiés, Aghata, Mello et Epone. Rien dans les registres d'adhérents, ni dans celui tenu pour les patrouilles, n'a permis d'établir un lien entre ces prénoms et un commerce quelconque de la région de Perpignan.
Le service, pour sa part, s'en est tenu à la position déjà rappelée : il n'est pas habilité à fournir d'indication d'usage sur un comprimé non identifié, en hindi ou dans toute autre langue, et il n'est pas davantage habilité, cela va sans dire, à établir des correspondances entre une adresse griffonnée et un commerce de cette nature. J'ai remis la pièce dans son dossier, l'adresse toujours au dos, et je n'y suis pas revenu.
Je signale seulement, pour qui reprendrait un jour ce lot, que la feuille n'a jamais été photocopiée avec son verso. Les copies conservées dans le registre principal ne montrent que le recto, avec la mention en hindi. Si quelqu'un veut vérifier ce que j'avance, il faudra retrouver l'original, et je ne sais pas où il se trouve à présent.