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Témoignage
La cheville du gardien
Terrain municipal de Saint-Maclou
Terrain de football utilise ponctuellement par le groupe Posse du vendredi soir, mesure a trois cent quarante metres de...
Lieuterrain municipal, secteur de Saint-Maclou-la-Briere
Fonction du témoingardien du terrain
Statutnon tranche

La cheville du gardien

Témoignage, versement du 2026-08-28.
Pièce de fiction.

Je n'avais pas prévu qu'on viendrait courir chez moi ce vendredi-là. J'entends par "chez moi" le terrain dont j'ai la garde depuis onze ans, celui qu'on ferme le soir avec une chaîne et un cadenas que je remplace tous les deux hivers parce que le sel finit par le manger. Ce soir de septembre, la chaîne était déjà passée quand j'ai vu arriver le groupe, une dizaine de personnes en survêtement, qui m'a demandé la permission de "faire quelques tours" parce que la route était prise par les motos. J'ai ouvert. On me le demande assez souvent pour que ça ne me surprenne plus.

Je me suis assis sur le banc de touche, pas pour les surveiller, plutôt par habitude, et j'ai fini par compter avec eux sans le vouloir. C'est une chose qu'on fait quand on regarde courir des gens en rond : le compte s'impose tout seul. J'ai eu trois tours et demi, puis quatre, puis de nouveau trois et demi selon celui que je regardais, parce qu'ils ne partaient pas tous en même temps et ne finissaient pas ensemble non plus.

L'incident

C'est au début du quatrième tour, si on compte ainsi, qu'un des coureurs, celui qu'on appelait "le grand", a plié la cheville dans la zone où la pelouse remonte légèrement vers le renfoncement du poteau de corner. Ce n'est pas un trou, c'est une bosse, laissée par un ancien système de drainage que la commune n'a jamais refait correctement. Je la connais par coeur, je la contourne sans y penser en tondant. Lui ne la connaissait pas.

Il s'est assis dans l'herbe, il a dit "ce n'est rien, juste tordu", et les autres se sont arrêtés autour de lui, incertains de devoir continuer ou non. Quelqu'un a proposé de recompter la distance qu'il restait à courir pour que ceux qui le voulaient puissent finir la séance sans lui. C'est là que la discussion a commencé, plus animée que la chute elle-même, sur le nombre de tours qu'il fallait encore faire : quatre moins celui qui venait d'être entamé, ou trois et demi moins ce qui avait déjà été couru, ce qui ne donnait pas le même reste selon la méthode.

Je n'ai pas d'avis sur la question, je précise, parce qu'on m'en a demandé un ce soir-là et je n'ai pas su répondre. J'ai juste proposé d'aller chercher la trousse de secours dans le local, ce que j'ai fait. La cheville n'était pas cassée, seulement enflée, ce que j'ai su plus tard par un billet qu'on m'a glissé sous la porte du local une semaine après, sans signature, disant simplement "merci pour le vendredi, tout va bien, on repart lundi sur la route".

Ce que j'en garde

Je n'ai pas retenu le nom du grand, ni celui de la personne qui a proposé le recompte. Ce que j'ai retenu, c'est que la bosse près du corner est toujours là, que je continue à la contourner en tondant, et que je n'ai jamais su, en définitive, combien de tours ils avaient vraiment faits ce soir-là ni combien il en restait à faire. Le terrain n'a pas changé de mesure depuis, et moi non plus je n'ai pas changé d'avis sur le fait qu'on ne devrait pas courir sur une pelouse comme sur une piste, mais je ne suis que gardien, et ce n'est pas à moi de trancher entre trois tours et quatre.

Catégories : Testimonies · Disputes