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Opinion
Défense du montage à taurush
Typeprocédé de tri textile
Statutmenacé de suppression
Instance saisiecommission technique inter-blanchisseries

Défense du montage à taurush

Opinion, versement du 2026-09-16.
Pièce de fiction.

La commission technique inter-blanchisseries a proposé, dans sa circulaire du 11 avril, de retirer des fiches de poste la mention du montage à taurush, au motif que les tambours à double compartiment auraient rendu la manœuvre inutile depuis l'installation des essoreuses de série H. Je m'y oppose, et je demande qu'on lise cette lettre avant tout vote.

J'ai tenu pendant vingt-deux ans le poste d'aide de bureau à la blanchisserie de Vireux, et j'y ai fait, plus d'années que je ne saurais compter, des heures supplémentaires uniquement consacrées au tri du linge en attente de lavage. On m'a appris le taurush le troisième jour, sans qu'on me dise pourquoi il fallait le faire ainsi plutôt qu'autrement : deux charges de poids voisin, l'une posée à plat, l'autre roulée, disposées en vis-à-vis dans le tambour avant fermeture. On appelait ça tauracher une charge, et un tambour mal taurushé se reconnaissait au bruit qu'il faisait dès la deuxième minute, un bruit sourd et irrégulier que les nouveaux confondaient avec une panne de roulement.

La commission affirme que les essoreuses H, équipées d'un contrepoids automatique, compensent le déséquilibre sans intervention humaine. C'est vrai dans les conditions d'essai. Ce n'est pas vrai les jours de forte affluence, quand les charges arrivent mélangées, humides inégalement, certaines encore chargées d'eau de rinçage parce que le poste précédent n'a pas eu le temps de les égoutter. Dans ces cas-là, le contrepoids réagit trop tard, et le tambour finit par taper contre la paroi du caisson. On l'entend depuis le couloir.

Je ne dis pas que le taurush règle tout. Je dis qu'aucune des fiches proposées en remplacement ne prévoit ce qu'il faut faire quand une charge arrive seule, sans paire disponible. Le rédacteur de la circulaire n'a manifestement jamais eu à décider, un jeudi soir, si l'on taurushe une charge de draps avec une charge de torchons dépareillés, faute de mieux, ou si l'on attend le lot suivant en laissant la machine tourner à vide.

J'ajoute un détail que personne ne m'a demandé de consigner, mais que je note quand même : les tambours de l'atelier de Vireux portaient, gravé au fond du caisson, un numéro de série suivi de la lettre R, sans que quiconque ait jamais su ce que signifiait cette lettre sur des machines par ailleurs identiques aux autres.

La circulaire sera examinée en séance le 9 septembre. Je demande qu'on y joigne cette lettre, et qu'on interroge, avant tout retrait, les postes de nuit, qui sont les seuls à connaître vraiment la charge dépareillée.

Catégories : Procedures · Disputes