| Type | Journal de terrain |
|---|---|
| Période couverte | mars-juin 1998 |
| Statut | incomplet, 34 pages |
Carnet de poste Fresnaie-Fayel
3 mars
Levé 5h40. Brouillard bas jusqu'à 7h, ciel dégagé ensuite, vent nul. Installation du poste habituel, jumelles 10x42, thermos, carnet quadrillé. Rien de notable avant 8h15 : deux hérons cendrés sur le banc de graviers, immobiles. Départ 11h.
10 mars
Pluie fine. Pas de sortie.
17 mars
Conditions correctes, 9°C, vent d'ouest faible. Comptage : sept adultes sur les nids, un juvénile de l'an passé encore présent, ce qui est tardif. Noté à 9h02 un comportement de bec-claquement inhabituel chez le mâle du nid trois, sans cause apparente. J'ai vérifié qu'aucun promeneur ne se trouvait sur le chemin de halage. Rien.
24 mars
Le poste est resté sec malgré l'averse de la nuit, la bâche a tenu. Deux poussins visibles au nid un. J'ai emporté par erreur le carnet de mon voisin de rive, un certain Aubry, retraité de la coopérative laitière, qui vient parfois observer avec moi sans discipline particulière. Il y notait des choses qui ne concernent pas les oiseaux : des horaires de radio, des noms de chansons. Une ligne portait, sans autre explication : "Andrea Doria, Ted Leo and the Pharmacists, 23h40, on l'a repassée deux fois." Je n'ai pas cherché à comprendre, je lui rendrai le carnet mardi.
31 mars
Rien à signaler. Colonie stable, huit nids occupés sur douze.
7 avril
Journée longue. Arrivé 5h30, reparti 13h. Un couple de faucons hobereaux a survolé le site vers 10h, ce qui a provoqué une agitation générale dans la colonie, cris, envols courts, retour au calme en douze minutes environ, chronométré. J'ai revu Aubry sur le chemin, il m'a rendu la politesse en me redonnant un carnet qui n'était pas le mien non plus : celui-ci porte une écriture plus ancienne, plus appliquée, avec des colonnes de dates et de sommes qui ressemblent à des comptes de bouteilles. Je le lui ai signalé, il a dit que ça venait d'une cave qu'un neveu avait vidée du côté de Montmerle et qu'il l'avait récupéré "pour le papier, il est bon, épais". Je l'ai gardé une semaine avant de le lui restituer, sans le lire en entier. Ce que j'en ai vu ne relevait pas de mon objet.
14 avril
Vent fort, observation écourtée. Rien de particulier hors la présence, à 8h, d'un homme non identifié muni d'un carnet identique au mien, jumelles à l'épaule, qui n'a pas répondu quand je l'ai salué. Il est resté une vingtaine de minutes de l'autre côté du méandre, puis est parti sans laisser de trace au sol que j'aie pu relever.
21 avril
Colonie en pleine activité, dix nids occupés, nourrissage constant entre 6h et 9h. Rien à signaler par ailleurs.
28 avril
Aubry ne s'est pas présenté. Je suis resté seul, ce qui n'est pas gênant en soi. J'ai retrouvé, glissée dans mon propre carnet à une page que je n'avais pas écrite, une feuille pliée en quatre portant la même mention que celle notée par Aubry le 24 mars, mot pour mot, avec en dessous une deuxième ligne d'une autre écriture : "pas la même version, plus lente." Je ne saurai pas dire comment cette feuille est arrivée là. Je l'ai conservée entre les pages 12 et 13, où elle se trouve encore.
5 mai
Beau temps, 14°C. Premier envol d'un juvénile du nid deux à 7h48, réussi, posé sans dommage sur la berge. Rien d'autre.
12 mai au 2 juin
Notes régulières, sans anomalie. Comptages en baisse progressive conformes à la période de dispersion. Je n'ai pas revu Aubry de tout le mois. Le poste sera démonté le 9 juin, saison terminée.