| Type | cahier de chantier |
|---|---|
| Lieu | champ de foire de Rudno |
| Nombre de mains | au moins trois |
| Statut | clos sans suite connue |
Cahier du chairplane de Rudno
3 juillet
Arrivé hier soir avec la remorque, Zenek et moi. Mât central posé à midi, trois heures de retard sur ce qu'avait dit le vieux, mais le sol est en pente et il a fallu caler côté est avec des traverses. Le jeu de kermesse "la princesse et le monstre" sera monté juste à côté, comme l'an dernier, le loueur a déjà laissé ses piquets plantés depuis mai.
4 juillet
Moi c'est Danka. Je reprends le cahier parce que Zenek écrit comme un cochon. Les seize chaises ont été descendues du camion, repeintes l'hiver dernier en rouge, sauf deux qui restent dans leur vert d'origine faute de peinture. Le père a sorti une vieille photo d'une gamine en manteau rouge assise sur une de ces chaises, en 1971 paraît-il, pour dire que c'était la bonne couleur à reprendre partout. Personne n'a discuté.
6 juillet
RAS côté chaines. Le chairplane tourne à vide depuis ce matin, plateau réglé à sept tours la minute. Zenek dit que c'est trop lent pour la fête, le père dit que c'est bien comme ça pour l'essai.
9 juillet
Le roulement du plateau fait un bruit sec à chaque passage devant le poteau nord[1]. Danka a graissé, ça n'a rien changé. On a arrêté la machine à 16 h, repris à 18 h, le bruit était revenu identique.
12 juillet
Panne de secteur sur tout le champ de foire cet après-midi, deux heures. Le monsieur du jeu "la princesse et le monstre" est venu se plaindre que ses ampoules avaient grillé, comme si c'était de notre faute.
15 juillet
Le bruit du poteau nord a disparu tout seul. On n'a rien touché.
20 juillet
Fête patronale demain. Dernier contrôle des seize chaises, des seize chaînes, des seize sangles. Tout est en ordre sauf la chaîne numéro onze, un peu détendue, resserrée au soir.
21 juillet
Ouverture à 14 h. File d'attente jusqu'au stand du jeu voisin dès la première heure. Le père a compté les tours : cent douze dans la journée.
22 juillet
Démontage commencé à l'aube. En descendant le plateau on a retrouvé sous le moyeu une plaque métallique qui ne vient pas de chez nous, gravée d'un numéro et d'un nom d'atelier que personne ne connaît[2]. Le père l'a mise dans sa poche sans un mot et a dit qu'on la remonterait l'an prochain, à la même place, sous le même moyeu.
Notes
- ^ Le poteau nord porte depuis des années une encoche que tout le monde appelle "la marque de Belnou", sans que personne de l'équipe n'ait jamais connu de Belnou.
- ^ L'atelier nommé sur la plaque ne figure dans aucun des registres d'achat ou de location consultés par la famille depuis l'acquisition du chairplane en 1958.