
| Type | témoignage |
|---|---|
| Lieu | Trancrainville (Eure-et-Loir) |
| Statut | non vérifié |
Borne de Trancrainville
Je m'étais arrêté un mardi soir, vers vingt et une heures, sur l'aire qui longe la route au nord de Trancrainville. Il y avait quatre bornes Tesla Supercharger, deux occupées, une en panne signalée par un morceau de ruban adhésif orange collé sur l'écran. J'attendais depuis une vingtaine de minutes que la troisième berline devant moi finisse de charger, sans grande impatience, quand une camionnette blanche est arrivée et s'est garée en travers, pas sur une place, juste devant l'entrée.
Le chauffeur en est descendu, a ouvert l'arrière du véhicule, et j'ai vu qu'il transportait un grand miroir monté sur un cadre à roulettes, du genre qu'on loue pour les mariages ou les foires, avec un boîtier électronique fixé sur le côté. Il m'a demandé si je savais où se trouvait "l'épicerie, plus loin", en désignant vaguement la direction du village. Je lui ai dit que je ne connaissais pas le coin, que je venais d'Orléans et que je m'arrêtais juste pour la recharge. Il a eu l'air contrarié, a regardé son téléphone, puis a rangé le miroir sans le décharger, comme s'il changeait d'avis sur l'endroit où il devait le déposer.
Ce qui m'a frappé, c'est qu'il n'est pas reparti tout de suite. Il est resté une bonne demi-heure sur le parking, moteur coupé, à consulter des messages. À un moment, il a passé un appel et j'ai entendu, sans le vouloir, des bribes de la conversation : "non, c'est toujours à Auron que ça devait aller, pas ici" et puis "je te dis que j'ai le bon appareil, c'est écrit dessus." Je n'ai pas cherché à en savoir plus, ce n'était pas mes affaires, et ma voiture avait fini de charger.
En repartant, j'ai vu dans mon rétroviseur qu'il avait rouvert l'arrière de la camionnette et qu'il examinait le miroir de plus près, comme s'il cherchait une étiquette ou un numéro de série. Je ne sais pas ce qu'il en a fait ensuite. Je raconte ça parce que ça m'est resté, cette histoire d'appareil qui semblait ne devoir aller nulle part en particulier, et ce type debout devant sa camionnette, dans la lumière des bornes, à hésiter sur la direction à prendre.
Je ne prétends pas que cela ait un rapport avec quoi que ce soit. C'était une aire de recharge ordinaire, un soir de semaine ordinaire, et un chauffeur qui semblait moins perdu géographiquement que dérouté par ce qu'on lui avait confié à transporter.